La Haute-Savoie ? Une prochaine fois peut-être…

Rien de mieux qu’une bonne semaine de randonnée autour du Lac d’Annecy pour se refaire une santé. Malheureusement, des conditions météorologiques plus que défavorables ont vite douché l’enthousiasme latent. Il est vrai que ce début d’automne a été particulièrement pluvieux. Et ça continue !

Ni une ni deux, il a vite fallu trouver une solution de repli. Inconcevable de ne pas profiter de ces deux semaines de congés pour un peu de dépaysement. Ainsi, dix jours avant de partir, je réserve à la hâte vols, hébergement, et location de voiture. Cap au sud !

Canaries & filles de l’est

Pour la première journée sur Tenerife, plus grande île de l’archipel des Canaries, j’attaque doucement par une virée à la plage – histoire de prendre la température. Le nord de l’île regorge de ports difficiles d’accès et donc peu fréquentés – un bol d’air marin et un premier bain de pieds bienvenus.

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Avant de reprendre la route, je rencontre trois jeunes filles de l’est. Au fil de la discussion, je me rends compte que j’ai affaire à de vraies baroudeuses. Elles voyagent seules, avec rien d’autre que leur sac-à-dos et le strict nécessaire pour pouvoir camper.

Nous faisons un bout de chemin ensemble jusque Santiago del Teide. Aliesya, téléphone portable à la main, s’improvise co-pilote.

Sur les routes sinueuses et abruptes qui nous y amènent, à plus de 1000m d’altitude, c’est un épais brouillard qui nous accompagne – une première découverte des micro-climats de l’île.

Peu avant le coucher du soleil, je finis par rejoindre seul le mirador de Samara. Ici, on avoisine les 2000m d’altitude, et c’est saisi par un vent frais que j’entame une première et courte randonnée nocturne.

 

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Chiens méchants & poules mouillées

Mardi matin, je prends la direction du parc de l’Anaga. L’excursion débute dans la forêt préservée de la Laurisilva. Puis, j’entreprend une descente jusqu’au Barranco de Tahodio situé à 700m d’altitude en contrebas. Pluie, brume épaisse, et éclaircies sont au rendez-vous.

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Dix kilomètres de marche plus tard, après avoir atteint le bord d’une route menant à Santa Cruz de Tenerife, je décide de rebrousser chemin et de regagner l’entrée du parc située en amont. Comme à l’aller, quelques poules et principalement des chiens usent de leurs plus belles vocalises pour signaler ma présence – pas forcément bienvenue.

En milieu d’après-midi, cap à l’ouest ! Une longue traversée du parc du Teide en voiture, avec ici et là des arrêts impromptus sur les nombreux points de vue aménagés au bord des « carreteras ». Le ciel changeant se pare peu à peu de ses plus belles couleurs, annonciatrices d’un « atardecer » éblouissant.

 


 

Chant des vagues & sylvothérapie

Après une courte nuit de sommeil – une fois de plus bercé par le son des vagues de l’atlantique – direction Santa Cruz de Tenerife, capitale de la province du même nom. Un début de matinée bien rempli, avec successivement un bref footing au lever du soleil à Las Teresitas, une ascension express vers San Andrés, et la découverte d’Igueste.

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A midi pile, changement de décor dans le parc national du Teide ! Au milieu de pins canariens, à 1900m d’altitude, me voici à la découverte de sentiers perdus. Impossible de s’en lasser, mais pas de s’enlacer – en effet, le cadre donnerait presque envie de se mettre à la sylvothérapie. Mais imaginez le retour au travail…

 » Alors Christophe ! Ces vacances ? — Revigorantes. J’ai embrassé des conifères ! « 

De quoi passer pour un hurluberlu. Non, franchement, ce ne serait définitivement pas sérieux !

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Direction le cœur du parc. Aux antipodes du cadre verdoyant et humide de l’Anaga, le décor est ici rougeâtre et sec – le vestige de siècles d’activité volcanique.

Les Roques de Garcia, des necks ayant résisté à l’érosion se dressent ici et là. La visite du lieu prend la forme d’une courte randonnée, accessible à tous – et légèrement sportive sur la fin, ce qui n’est pas pour me déplaire.


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Ducha gratis & randonnée mulet

Jeudi, c’est une journée plus soft en bord de mer qui m’attend, voici donc le petit port de Bajamar avec en fond la Punta del Hidalgo. Quelques prises de vue plus tard, face aux vagues, c’est une bonne douche gratuite qui vient rafraîchir le fond de mes baskets – pas insubmersible donc.

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La nuit à venir s’annonce incertaine et quelque peu épique. Au-delà de l’ascension du Pico del Teide, c’est surtout les prévisions météorologiques qui pose question. Quoi qu’il advienne, le sac à dos est d’ores et déjà prêt, avec tout le nécessaire – et même un peu plus – pour pallier à la moindre déconvenue.

Une heure et quarante cinq minutes antes meridiem, le réveil sonne. Je traîne un peu, et j’émerge doucement de ce court sommeil.

Une soixantaine de kilomètres me séparent du parking de la Montana Blanca, point de départ de la balade. Il est temps de partir.

En chemin, une belle averse accompagne mon entrée sur les routes du parc national – pas franchement rassurant. Finalement, à plus de 2000m d’altitude, le ciel se veut plus dégagé. La pleine lune et les étoiles percent tant bien que mal au milieu des nuages.

Aux environs de 3h30, me voilà arrivé au fameux parking. Par chance, il reste deux places disponibles sur la dizaine d’emplacements qui s’y trouvent. Bonnet, gants, frontale, chaussures bien lacées, et sac à dos ajusté, il est à peine 3h40 lorsque je me mets en ordre de marche. J’ai donc moins de quatre heures devant moi pour atteindre le sommet avant les premières lueurs du jour. Un poil ambitieux le garçon ?! Non, un brin joueur simplement.

Les trois premiers kilomètres sont sans grande difficulté. Le chemin de terre est large et pas du tout sinueux – déconcertant. On en oublierait presque qu’il s’agit de la pente d’un volcan.

Puis, à 2600m d’altitude, « los Huevos del Teide » – littéralement boules de lave en français – marquent l’entrée du quatrième kilomètre.

Après trente-sept minutes parcourues d’un pas décidé, j’aperçois plus haut la lueur des frontales de randonneurs tout aussi matinaux. La pente va progressivement se raidir. Je le sais. Et je le devine par leur faible avancée dans la pénombre.

Le tracé devient progressivement plus rocailleux et pas plus large qu’un couloir.

Quatre kilomètres et demi parcourus, la véritable ascension va pouvoir commencer. Le chemin se veut définitivement plus étroit. Chouette, on va jouer. Que la partie commence !

Très vite je rattrape le premier couple de marcheurs – français eux aussi – partis une heure plus tôt du parking et que j’avais aperçu au loin précédemment. Respectueusement, ils me laissent leur passer devant. Nous prenons tout de même quelques instants pour faire connaissance. Nous nous souhaitons mutuellement bon courage, se donnant évidemment rendez-vous au sommet.

Au cinquième kilomètre, à près de 2900m d’altitude, ce ne sont déjà plus que des roches sous mes pieds. Les bâtons de randonnée cadencent utilement le pas.

Puis, entre les sixième et septième kilomètres, malgré une frontale parfaitement ajustée, je perds à trois reprises la trace du chemin initial. Sans paniquer, je marque chaque fois un temps d’arrêt et retrouve rapidement le bon tracé.

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Soudainement, un vif « je suis au refuge » plein de soulagement se fait entendre. Sans nul doute possible, c’est un autre français. Il vient d’atteindre le premier palier marqué par « Altavista ».

En relevant la tête, je distingue effectivement les lumières qui marquent le passage à 3200m. Je monte en partie à la force des bras. De grosses roches me servent d’appui. Dès lors, il me faut encore cinq bonnes minutes pour parvenir jusqu’à lui.

Le randonneur est assis là, sur un petit mur en pierres. On échange une franche poignée de mains. Il me félicite pour le rythme affiché sur cette première partie d’ascension. « Tu m’as motivé ! » dit-t-il. En fait, en jetant régulièrement un oeil derrière lui, il a pensé retrouver ses amis lancés à sa poursuite. Ceux-là même que j’ai pu doublé trente minutes plus tôt.

Il fait froid, mais, peu lui en importe, il décide de les attendre coûte que coûte.

Par chance, le refuge vient d’ouvrir – permettant aux noctambules qui le souhaitent de s’y réchauffer quelque peu avant d’entamer la seconde partie de la montée.

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La forme est bonne, donc pas de raison de freiner inutilement l’élan qui m’habite. Un élan bien relatif, car, inévitablement, que je le veuille ou non, j’avance de moins en moins vite. Les marches formées par la roche se veulent plus hautes et sinueuses encore. Je me trouve alors à 3450m d’altitude, après environ sept kilomètres et demi d’effort.

S’en suit une rencontre avec un danois – le malheureux attend un bus qui ne viendra jamais.

Tête basse, tout frontale éteinte, il est en fait à la recherche de son second souffle. Cependant, il va bien. Chacun apporte à l’autre son soutien. Et, sans m’attarder à ses côtés, je poursuis mon ascension.

Vingt-cinq minutes plus tard, j’atteins enfin le parvis du « monte-feignasses ». Le téléphérique si vous préférez – régulièrement emprunté par bon nombre de touristes, chaussés de leurs plus belles tongs, enclins à profiter de la vue, mais partisans du moindre effort.

Par ailleurs, j’y rencontre une citoyenne allemande, partie du versant ouest depuis un chemin de deux kilomètres plus long. Quelle énergie ! Sans doute les bienfaits de la choucroute maison. Deutsche qualität.

De là où nous sommes démarre l’ultime partie de l’ascension. Délimitée par une barrière, le passage par cette portion nécessite la délivrance d’une autorisation. Mais nous n’en aurons pas besoin. Car avant 09h00 du matin, l’accès est laissé libre aux rares visiteurs nocturnes – un privilège bien mérité.

C’est donc ensemble que nous passons le portail du sentier n°10, Telesforo Bravo.

Sur les sept cent derniers mètres à parcourir, ce sont près de 200m de dénivelé positif qui nous attendent.

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Dans les ultimes pas qui mènent au sommet, une chaîne rouillée par le temps nous sert de guide et nous évite également de plonger malencontreusement dans le cratère de 45m de profondeur. Le vent souffle fort et les fumerolles de soufre – là non, fort heureusement, la gastronomie allemande n’y est pour rien – nous rappellent que nous sommes sur un volcan toujours actif.

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Nous ne sommes pas les premiers arrivés. Un slovéne nous a devancé de quelques minutes. Tous trois saisis par le froid, on ne serait pas contre une petite éruption pour nous réchauffer. La dernière date de novembre 1909 – Cumpleanos feliz Senor Teide !


 

Heureux d’être là, nous allons attendre plus d’une heure les premières lueurs du jour. Chacun en profite pour s’hydrater – chouchen, bière, vodka, c’est selon – et se couvrir du mieux possible.

 

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Finalement, alors que le ciel se part peu à peu des ses plus belles couleurs – sauf pour les daltoniens – nous sommes rejoints par la dizaine de personnes ayant passé la nuit au refuge – une belle bande de planqués !

La vue à 360° est unique. Et face au soleil qui tente difficilement de percer la mer de nuages, un long silence s’installe. Il est temps de dégainer les appareils photo et téléphones portables.

Au fil des minutes qui s’écoulent, l’impatience est palpable. Et, alors que le soleil étincelant apparaît, quelques exclamations se font entendre au sein de l’assemblée – vos gueules les mouettes, la mer est basse !

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Nous restons encore près d’une heure à profiter de cet « amanecer » au sommet de l’Espagne. On aimerait s’y attarder davantage, mais plein de lucidité il nous faut redescendre. Car, personnellement, malgré une épaisse paire de gants doublée de laine mérinos, le froid saisissant engourdit totalement mes mains. Température approximative : -8°C.

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De retour sur le parvis du téléphérique, le Pico del Teide dans le dos, plusieurs possibilités s’offrent à moi.

  1. Emprunter le même chemin qu’à l’aller pour regagner au plus vite la voiture  (sans saveur)
  2. Attendre l’arrivée du premier monte-feignasses de la journée   (inconcevable…moi vivant jamais !)
  3. Suivre un autre chemin plus escarpé

 

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Ne ressentant aucun des symptômes du mal aigu des montagnes, j’opte très vite pour la troisième solution. Avec l’envie de profiter pleinement de la descente pour admirer le paysage.

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Le sendero n° 23 quelque peu balisé, m’amène à contourner le Pico Viejo et me permet de rejoindre la route TF-21 en un peu moins de deux heures.

 

De là, je n’ai d’autre choix que de faire du stop pour pouvoir regagner le parking de la Montana Blanca. Après une vingtaine de minutes restées vaines, sur le bord de cette longue ligne droite danger pour piétons, une voiture s’arrête à ma hauteur. C’est une employée du parc qui me propose de m’avancer de quelques kilomètres, jusqu’au pied du monte-feignasses – encore lui ! De là-bas, j’aurais sans doute plus de chances de trouver une seconde voiture.

Et elle a logiquement vu juste ! Un couple de retraités anglais acceptent généreusement de lui prendre le relais pour me conduire à destination. God save the Queen !


Montana Roja

Pour la dernière journée, je me rapproche doucement de l’aéroport de Tenerife Sud. Une après-midi au port touristique d’El Medano et à la plage de la Tejita marquent la fin du séjour.

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La prochaine fois qui sait, peut-être irai-je dormir chez la Dame de Haute-Savoie.

 

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